Analyse des Marchés | n°1 | 2026

Découvrez notre publication « Analyse des Marchés », élaborée par nos conseillers en placement. Ce document trimestriel propose une lecture approfondie de l’actualité économique et financière à travers quatre rubriques :

Retour sur les marchés

Perspectives et vision pour la suite

Thématique du trimestre

Nos experts vous répondent

Chaque édition met en lumière des sujets clés analysés par nos spécialistes, offrant leur regard sur les tendances et enjeux économiques.

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Analyse des marchés n°1 | 2026

Pierre Barthe, Responsable Investment Office Pierre Barthe, Responsable Investment Office

Nos experts répondent

Dans ce numéro, notre expert Pierre Barthe, Responsable Investment Office, traite de la bulle financière - quand l'émotion dicte la raison.

Vous aimeriez que nos experts traitent une thématique qui vous intéresse ? N’hésitez pas à nous écrire et à nous la proposer pour notre prochain numéro trimestriel.

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marches@bcj.ch

Une bulle financière est une situation où le prix d’un actif (actions, immobilier, matières premières, etc.) augmente rapidement et excessivement, au point de se détacher de sa valeur fondamentale. Cette hausse est alimentée par la spéculation et un optimisme collectif souvent auto-entretenu. Tout le monde achète, non parce que ça vaut quelque chose, mais parce que tout le « monde le fait ». Trois éléments la caractérisent presque toujours. D’abord, la surévaluation : les prix atteignent des niveaux que ni les revenus générés ni l’utilité réelle de l’actif ne justifient. Ensuite, le comportement mimétique : on n’achète pas parce que l’actif est intéressant, mais parce que « tout le monde achète », c’est ce que l’on appelle le sentiment de FOMO (Fear of Missing Out). Enfin, une anticipation irréaliste s’installe, avec la conviction que les prix continueront à monter indéfiniment. Historiquement, chaque bulle s’accompagne d’une idée rassurante selon laquelle « cette fois, c’est différent… ».

Les bulles ne sont ni nouvelles ni exceptionnelles et jalonnent l’histoire économique. Elles sont souvent en lien avec des innovations majeures.

Au 17ème siècle, aux Pays-Bas, la tulipomanie en est un exemple emblématique. Certaines variétés rares de tulipes se négociaient au prix d’une maison sur les canaux d’Amsterdam, cela pouvait représenter près de 10 ans de salaire d’un artisan. Les contrats changeaient même de mains dans des tavernes sans que l’acheteur ne voie jamais la fleur.

Au 19ème siècle, la bulle des chemins de fer illustre parfaitement l’enthousiasme excessif suscité par une véritable révolution technologique. Le train promettait de transformer le commerce, de réduire les distances et d’accélérer l’industrialisation. Si ces promesses étaient largement avérées, les attentes étaient devenues extravagantes. En Grande-Bretagne, des investisseurs plaçaient leurs économies dans des compagnies ferroviaires dont les lignes n’existaient que sur le papier, parfois à travers des régions sans villes ni activité économique, ni même de passagers... Le raisonnement était simple : « si le train passe, la richesse suivra ». Les chemins de fer étaient utiles, mais beaucoup trop d’argent a été investi, trop vite, dans trop de projets inutiles.

En 1929, la bulle boursière américaine atteignait son apogée. Les particuliers investissaient massivement en Bourse, souvent à crédit. Une anecdote restée célèbre raconte que même les cireurs de chaussures donnaient des conseils boursiers. Toute la société était gagnée par la spéculation.

A la fin des années 1990, la bulle Internet reposait sur l’idée que la croissance suffisait à justifier n’importe quelle valorisation. Certaines entreprises n’avaient ni bénéfice, ni parfois même de produit, mais leur simple association au mot « Internet » suffisait à faire flamber leur cours de Bourse. Ajouter ".com" à un nom d’entreprise pouvait faire doubler sa valorisation en quelques jours. Internet a effectivement transformé l’économie mondiale, mais la majorité des entreprises portées par la bulle n’ont pas survécu.

Enfin, la bulle immobilière des années 2007–2008 reposait sur une conviction largement partagée : « les prix de l’immobilier ne baissent jamais à l’échelle nationale ». Des crédits NINJA étaient accordés à des emprunteurs qui n’avaient pas d’emploi, pas de revenus et ne présentaient aucune garantie. L’idée était que la hausse continue des prix compenserait tous les risques. Certains investisseurs achetaient plusieurs maisons en même temps pour essayer de les revendre plus chers quelques mois plus tard… Lorsque cette hausse s’est arrêtée, l’ensemble du système s’est effondré.

Une bulle éclate lorsque la réalité rattrape les anticipations. Les prix ne peuvent pas rester indéfiniment déconnectés de la valeur fondamentale des actifs. À un moment donné, les revenus espérés ne se matérialisent pas ou arrivent trop lentement.

L’élément déclencheur peut varier. Il peut s’agir d’une hausse des taux d’intérêt, d’une faillite d’un établissement emblématique, d’un durcissement de la régulation ou d’un ralentissement conjoncturel. Le mécanisme reste néanmoins souvent le même, la confiance commence à s’éroder. Toutefois, les bulles éclatent généralement parce qu’il n’y a plus assez d’acheteurs, pas parce que les investisseurs deviennent pessimistes.

Comme les chemins de fer au XIXe siècle ou Internet dans les années 1990, l’IA représente une rupture technologique réelle. Elle génère déjà des applications concrètes et des gains de productivité mesurables dans de nombreux secteurs.

Néanmoins, certains signes rappellent les dynamiques de bulle avec des valorisations très élevées, des investissements massifs sans rentabilité immédiate et un narratif parfois vague où l’ajout du terme « IA » suffit à susciter l’enthousiasme des marchés. L’histoire montre que toutes les entreprises associées à une innovation majeure ne deviennent pas des gagnantes, même lorsque la technologie elle-même transforme durablement l’économie.

La leçon des bulles passées est claire : les grandes innovations ne sont pas des illusions, mais l’exubérance apparaît lorsque l’on confond une bonne idée avec un bon investissement, quel qu’en soit le prix. L’IA pourrait suivre le même chemin qu’Internet : un impact profond et durable, accompagné de désillusions pour ceux qui auront payé trop cher des promesses trop lointaines. Néanmoins aujourd’hui et contrairement à certaines bulles passées, l’IA produit déjà des gains concrets. Sommes-nous à mi-chemin entre la bulle et la vraie révolution ?

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